Le patrimoine religieux du XIXe en danger ?

La semaine dernière se tenait au Carrousel du Louvre le Salon international du Patrimoine Culturel. Ce salon annuel présente les différents acteurs du patrimoine, qu’il s’agisse des métiers d’arts, des éditeurs, des journalistes, ou encore du centre des Monuments Nationaux et du ministère de la Culture . Il propose également des conférences et débats. Interpellée par l’intitulé de la conférence proposée par l’Observatoire du Patrimoine Religieux (OPR), « Sauvons le XIXe siècle ! », qui sonne comme un cri d’alarme, j’ai voulu en savoir un peu plus.

La conférence a débuté par un rappel historique, de manière à bien pouvoir situer les édifices religieux du XIXe dans leur contexte, à savoir celui de la grande vague de constructions d’églises qui suit le Concordat entre Napoléon et le Pape en 1801 et qui demeure jusqu’à la IIIe république, avec un regain d’activité sous le Second Empire. Ce contexte de retour à la paix religieuse explique le foisonnement des églises en France durant le XIXe siècle tout comme le passage à une république laïque explique le ralentissement des constructions et un renversement de la tendance accompagnée d’une baisse de la fréquentation de ces édifices. Ce phénomène s’accentue avec la séparation de l’Église et de l’État en 1905, et plus encore dans les années 1980 avec le premier grand regroupement de paroisses dû à la raréfaction du clergé : les églises de villages ne sont alors plus toujours vouées au culte et parfois laissées à l’abandon par les communes qui en sont propriétaires à partir de la loi de séparation. Nombre d’églises ne sont dès lors plus ouvertes, donc plus surveillées.

Quelles sont les menaces spécifiques pesant sur les édifices religieux du XIXe siècle ?

Le premier facteur pouvant expliquer l’état de quasi abandon de certaines églises est leur nombre : on a énormément construit au XIXe, à tel point qu’il semble impossible aujourd’hui d’évaluer le nombre d’églises en France : selon les sources, le chiffre peut varier de 30 000 à 100 000… Dans de nombreux cas, on a restauré une ou deux églises en laissant les autres de côté. Le patrimoine du XIXe siècle apparait comme étant le plus menacé, et ce type de patrimoine en particulier souffre de son abondance et de ses formules répétitives (les églises sont parfois construites selon des plans types par exemple). Autre élément qui a son importance : des défauts de construction apparaissent. On a voulu construire vite, souvent très grand, et parfois mal. Il arrive que ces désordres soient des prétextes à la non-restauration. Enfin, un autre facteur est à prendre en considération : ce patrimoine est très peu protégé. Il y a plus d’églises du XXe siècle inscrites sur l’inventaire supplémentaire du patrimoine. Entrent alors en considération les questions de mode, d’histoire du goût. Bien souvent, ces édifices ne s’inscrivent pas dans une « histoire héroïque » : ils n’ont pas été les théâtres de grands événements, et n’ont pas forcément accueilli de grands hommes… En conséquence de quoi les historiens ne s’y intéressent pas beaucoup. Il se passe rarement une semaine sans l’annonce d’un projet de destruction.

Quelles solutions ?

La première des solutions est la vigilance : la plus grande menace est en effet la négligence. Une simple petite fuite peut avoir de graves conséquences et une surveillance régulière permettrait d’éviter des dégradations importantes. Dans ce domaine, la Belgique fait figure d’exemple : il existe un observatoire des monuments qui propose aux propriétaires, sous réserve de cotisation, d’opérer un diagnostique du bâtiment tous les 2 ans  afin de repérer les petites réparations à effectuer pour éviter les catastrophes. Le manque d’argent est la raison la plus souvent avancée, les devis dépassant souvent de très loin les possibilités financières des communes. Mais sur le terrain, on constate que ce ne sont pas les communes les plus riches qui entretiennent le mieux ni les plus pauvres qui entretiennent le moins bien. La situation n’est pas inéluctable, comme le prouve l’exemple de la communauté de communes des Sablons dans l’Oise qui s’est engagée à restaurer chaque année une de ses 25 églises. En outre, il existe une alternative à la destruction ou à la déconstruction sans passer par une restauration complète qui atteint souvent des montants colossaux, inaccessibles pour les communes. En effet, l’entretien, qui ne nécessite pas autant d’argent, est souvent occulté… Autre possibilité pour empêcher la destruction exploitée par les habitants du village de Plounerin dans les Côtes d’Armor : le référendum.

L’inventaire participatif du patrimoine religieux

Pour mieux protéger ce patrimoine, il faut d’abord mieux le connaitre. Dans cette optique, cette année l’OPR oriente spécifiquement ses missions (sauvegarde, connaissance, éducation) vers les édifices du XIXe siècle. Son équipe a mis en place un outil précieux : l’inventaire participatif. Le principe est simple : chacun peut remplir la fiche d’un édifice sur le site http://www.patrimoine-religieux.fr/ et participer à la réalisation de l’inventaire. Les fiches sont relues et modérées dans le but de fournir des informations les plus exactes possible. Tout le monde peut ainsi se  mobiliser. A l’heure actuelle, la base recense plus de 42 000 édifices sur plus de 53 départements. Il reste encore du chemin à parcourir mais le travail est déjà bien entamé et on ne peut que saluer cette belle initiative. Enfin pour terminer sur une autre note positive, il faut garder à l’esprit qu’on restaure plus d’églises qu’on en laisse tomber. Malgré une liste loin d’être exhaustive, Benoit de Sagazan a recensé 117 édifices menacés à ce jour, 11 démolis récemment pour environ 250 en cours de restauration.

 

Conférence « Sauvons le XIXe siècle ! » au studio-théâtre de la Comédie Française, Salon international du patrimoine culturel, le 05/11/10.

Les intervenants :

Béatrice de Andia : présidente fondatrice de l’OPR
Alain de la Bretesche : secrétaire général de l’OPR
Françoise Hamon: professeur émérite d’histoire du patrimoine, Paris-Sorbonne
Claire Constans : conservateur honoraire de l’Etablissement Public du Château de Versailles
Benoît de Sagazan : rédacteur en chef du Monde de la Bible et créateur de Patrimoine en blog

Pour en savoir plus :

http://www.patrimoine-religieux.fr/
http://patrimoine.blog.pelerin.info/
http://www.patrimoineculturel.com/
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