Séminaire: États de l’art : XIXe siècle – session 2010

Le 21 octobre dernier s’est tenu au Musée des Arts décoratifs un séminaire réunissant universités et chercheurs de tous horizons autour de l’état de la recherche sur l’art du XIXe. J’ai pu y assister et je remercie Clara de me permettre de faire ici un compte-rendu de ce que j’en ai retiré.

La journée fut inaugurée par quelques mots de présentation adressés par les organisatrices de ce séminaire, c’est-à-dire Ségolène Le Men, professeur à Paris X, Claire Barbillon, Maître de conférences à Paris X et Valérie Clerc, étudiante Paris X-ENS.

Les premiers intervenants ont ensuite pris la parole autour de l’actualité de la recherche.

Noriko Yoshida, professeur associée à l’Université de Chuo (Tokyo), a fait un état des lieux des collections d’affiches françaises au Japon. Je ne vais pas énumérer ici les différents musées qu’elle a évoqué mais je pourrai ajouter un complément en commentaire si quelqu’un en fait la demande. Mme Yoshida a ensuite présenté son sujet de recherche actuel: le japonisme chez Chéret. Elle a précisé vouloir s’intéresser non seulement aux citations de l’art japonais chez cet artiste mais aussi à sa façon de créer « à la japonaise ».

Karen Carter, docteur en histoire de l’art et enseignante au Kendall College of Art and Design of Ferris State University (Michigan, USA), a ensuite présenté les recherches menées aux Etats-Unis sur l’affiche. Là-bas, l’affiche n’est pas considérée comme un art et les historiens de l’art s’intéressent surtout à Toulouse-Lautrec et à Bonnard, c’est à dire des artistes qui font des affiches et non des affichistes. Certains domaines d’études ont cependant permis d’aborder l’affiche, comme l’histoire du design. En histoire, des recherches ont été faites sur son aspect commercial. L’affiche a aussi retenu l’attention des études féministes avec la figure de la flâneuse.

L’intervention suivante a été l’occasion de découvrir les recherches menées sur la céramique de Creil par Sabine Pasdelou, étudiante à Paris X. Celle-ci a rédigé un mémoire démontrant l’utilisation de la Manga d’Hokusai et d’autres estampes japonaise dans le répertoire décoratif de la manufacture de Creil. Ce travail s’est poursuivi par l’organisation d’une exposition intitulée « Vous avez dit japonisme?« . Melle Pasdelou a aussi présenté la 1ère biennale des arts de la terre de Creil.

Delacroix, Tobie et l’Ange

Cette première partie de la journée s’est achevée par l’intervention de David Michel Lemaire, assistant-doctorant à l’Université de Genève, qui nous a présenté sa thèse: Rhétorique du regard chez Eugène Delacroix. Une étude de cas. dans laquelle il cherche à interpréter le tableau Tobie et l’Ange dans l’optique de le lire comme un autoportrait de Delacroix.

Après une courte pause, les interventions ont repris autour des arts graphiques dans l’actualité muséale.

Véronique Carpiaux, conservatrice au Musée Félicien Rops de Namur, a présenté les différentes méthodes utilisées par elle-même et son équipe pour valoriser les collections et les expositions du musée. Elle a démontré qu’avec de la bonne volonté et d’astuce, il était possible de faire venir tout type de public: adultes, jeunes, enfants mais aussi chômeurs ou personnes handicapées. Il était aussi très intéressant de constater la diversité des activités proposées par ce musée: visites guidées, stages, expositions temporaires d’artistes contemporains immortalisées en cartes postales, adaptation d’oeuvres à un public aveugle, … Il est rare de voir une telle inventivité dans un « petit » musée et j’espère que leur dynamisme essaimera.

Martine Sadion, conservatrice au Musée de l’image de la ville d’Épinal, nous a ensuite fait visiter virtuellement l’exposition « Sur les routes » qui s’y tient actuellement. Cette exposition s’articule autour des cinq grandes figures populaires que sont le colporteur, le juif errant, le conscrit, la cantinière et le petit savoyard.

Pour finir, retour sur Paris avec l’exposition « L’oeil et la plume: Charles Garnier et la caricature ». En effet, si tout le monde connaît ses réalisations architecturales, son talent de caricaturiste reste méconnu. L’exposition présente un recueil de ses œuvres, constitué par son épouse. Elle a sélectionné chaque dessin avec soin, afin de retracer sa carrière et surtout dans le but de mettre son mari en valeur. Elle a par exemple écarté toute représentation de Gustave Garnier, frère de Charles qui mena une vie dissolue, ou encore de ses maîtresses ou amies. Cette exposition se tient à l’Ecole des Beaux Arts jusqu’au 30 janvier 2011.

En début d’après-midi, l’impressionnisme, très présent dans l’actualité comme cela n’a échappé à personne, fut à l’honneur.

La Petite Danseuse de Degas
La Petite Danseuse de Degas

Catherine Chevillot, conservatrice en chef au Musée d’Orsay, s’est intéressée à l’exposition « Degas sculpteur » présentée au Musée La piscine de Roubaix. Elle est revenue sur l’histoire des cires de Degas, découvertes dans son atelier à sa mort et immédiatement photographiées. Ces photographies permettent aujourd’hui de confirmer qu’aucune cire n’a été perdue et surtout elles sont une aide précieuse pour vérifier que les cires sont conformes à leur état d’origine. Elles ont ainsi mené les chercheurs à comparer les différentes versions qui existent de la Petite danseuse, pour constater que pas une n’avait un tutu identique. Fort de ce constat, le musée d’Orsay a fait modifier celui de son exemplaire, pour mieux respecter l’œuvre originale de Degas.

Jeanne-Marie David, chargée de mission au Musée des Beaux-arts de Rouen, est, entre autre, revenue sur l’exposition « Painting light : the hidden techniques of impressionnists », qui s’est tenue à Cologne en 2008. Cette exposition, montée par des restaurateurs, s’intéressait aux notions d’achevé/inachevé, de repenti, et abordait l’aspect scientifique de l’impressionnisme. Le dossier de restauration monté à cette occasion est disponible en ligne.

Enfin, une évocation de l’actualité de l’impressionnisme ne pouvait se conclure sans aborder la rétrospective Monet au Grand Palais. Ce qui fut fait par Sylvie Patin.

A suivi un intermède consacré à l’année académique 2010-2011. Ségolène Le Men, professeur à Paris X, y a présenté l’Ecole de Printemps du Réseau international de formation en histoire de l’art et Jody Patterson la Terra Foundation, qui dispense un enseignement sur l’art américain.

Les dernières interventions ont été menées autour du thème Histoire de l’art et histoire du regard.

Alexandre Quoi est venu parler de l’exposition « Chefs-d’œuvre ?» et des activités du Centre Pompidou-Metz. Il a décrit l’architecture de cette extension du centre Pompidou de Paris avant de détailler le parcours de l’exposition.

Dominique de Font-Réaulx, conservatrice en chef au Musée du Louvre, s’est quand à elle tournée vers l’exposition « Jean-Léon Gérôme, l’histoire en spectacle « , présentée actuellement au musée d’Orsay. Elle est revenue sur la personnalité de Gérôme, attaché au métier bien fait, aux méthodes académiques, tout en étant sensible aux enjeux de la photographie par rapport à la peinture. Il avait ainsi saisi la possibilité de diffuser ses peintures, très lisibles, par le biais de la photographie. Il avait aussi fait sien le postulat d’exactitude de ce médium, alors même qu’il invente ses scènes. Ses compositions montre qu’il était sensible à la modernité du spectacle de son temps, qu’il était nourri par le théâtre, l’opéra, les diorama, …

Pollice Verso par Gérôme
Jean Léon Gérôme, Pollice Verso

Dominique de Font-Réaulx s’est aussi attachée à nuancer l’académisme de Gérôme. Elle a rappelé qu’il n’avait jamais eu le prix de Rome, n’ayant jamais réessayé de l’obtenir après un premier échec. De même, elle a mis en évidence le fait qu’il ne traite pas de sujets purement académiques mais qu’il préfère chercher des sujets originaux ce qui l’a amené à inventer la figure du gladiateur par exemple.

Elle a conclut son propos en rappelant la tenue du colloque « Regarder Gérôme », les 9 et 10 décembre prochain.

Cette journée s’est achevée sur une visite guidée de l’exposition Jules Chéret à laquelle je n’ai hélas pas pu assister.

Ce séminaire fut très enrichissant. N’étant pas spécialiste du XIXe, j’ai ainsi pu découvrir des études, des musées et des expositions qui sans cela me seraient restés inconnus. J’ai particulièrement apprécié l’intervention de Véronique Carpiaux, sur le Musée Félicien Rops de Namur, qui ouvrait de nombreuses perspectives en matière de médiation.

[Je remercie Ithil pour sa contribution à Boulevard du XIXe ! Clara L.]
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